Donner la vie à une créature propre... ou plutôt à votre propre créature.
Le rêve de tout mammifère humain, enfin à votre portée...
avec Paul Granjon, Derstrudel, Ralph Schreiber et Robot Odyssey...
Nous aurons l'occasion, à travers ce théma, d'évoquer abondamment le travail de Paul Granjon, un des artistes robotiques français les plus créatifs (et prolixes), en introduisant chaque épisode par une de ses oeuvres. Pour l'heure, l'humilité laconique de son propre site suffira:
"Je m'intéresse à la co-évolution de l'humain et de la machine.
Je fabrique des robots et autres machines pour performances, galeries, festivals et télévision."
Une de ses premières expériences en la matière, le Fluffy Tamagotchi, ou Tamagotchi en peluche, date de 1998: un "animal domestique" pas si "virtuel", puisque contrairement au modèle original de poche dont il tire son nom, cette peluche de 5kg bourrée d'éléctronique bouge réellement, doit être rééllement nourrie et surtout fait réellement ses besoins.
Fondé en 2001 par Christian Faubel et Sebastian Noth, le collectif derstrudel propose une "exploration créative de concepts alternatifs de contrôle et d'interaction avec les machines" selon "une approche sans peur de l'électronique et de la technologie".
Le soir, après de longues journées consacrées à leurs fastidieuses recherches dans de très sérieux laboratoires, ces deux jeunes scientifiques pratiquent une robotique minimale et spontanée, créant toutes sortes de créatures éléctromécaniques ne mettant en oeuvre qu'une poignée de composants de base, voire de récupération.
N'est-il pas charmant ? - photo DerstrudelDans une discipline dominée par une austère complexité, la simplicité revendiquée par ces deux artistes trouve son origine dans un courant créé par un certain Mark Tilden, la BEAM robotics (pour Biology, Electronics, Aesthetics and Mecanics). Son principe: préférer aux microprocesseurs numériques, trop compliqués à programmer, de bons vieux circuits analogiques, plus "vivants".
Les installations de derstrudel, mettant en scène des armées de robots conçus selon cette philosphie, sont complétés de "workshops" qui permettent aux curieux, même débutants, de s'initier de façon ludique en insufflant la vie à un tas de métal et de plastique, dans la grande tradition du D.I.Y.
Panoplie.org vous propose de tenter l'expérience avec ce tutoriel "pas à pas" basé sur un de leurs modèles.
P.S.: vous pouvez commander les pièces nécessaires sur www.solarbotics.com, un excellent site ressource sur la BEAM.
Les machines de Ralf Schreiber sont à la robotique ce que les organismes monocellulaires sont au vivant.
Lui aussi est allemand, lui aussi envisage la robotique selon un angle ludique et décontracté. Poussant le minimalisme jusqu'à son paroxysme, il fabrique des créatures éléctroniques pas plus grandes qu'une demi clé USB. Car outre une conception aussi simple qu'efficace inspirée elle aussi de la "BEAM", elles s'affranchissent du poids de lourdes batteries en s'alimentant à l'énergie solaire. C'est ainsi que les subtiles variations lumineuses de leur environnement génèrent chez elles d'hystériques couinements ou de frénétiques tremblements.

Mais si une seule de ses bestioles impressionne déjà par l'étendue de son timbre ou surprend par l'imprévisibilité de ses mouvements, les installations de l'artiste, multipliant cette population quasi-microscopique jusqu'au pullullement, en viennent à troubler en évoquant autant le sous-bois post-moderne que l'usine à gaz. C'est bien dans la mise en scène de cette vie artificielle, dans la déléctation du chaos ainsi créé, que le zoo éléctronique de Ralf Schreiber prend tout son sens.
De même que ses amis de Derstrudel, Ralf Schreiber anime de nombreux ateliers de création en marge de ses expositions. Cet esprit de partage l'a poussé également à mettre en ligne des schémas, tutoriels et guides, accessibles au plus ignorant des débutants.
Mais avant de déballer les mécanos et autres fers à souder, déterrons un titre de l'histoire du jeu vidéo indispensable pour qui cherche à percer la psychologie intime du robot, et qui mérite largement le nom d'oeuvre d'art.

Edité en 1984 par The Learning Company, Robot Odyssey, de Mike Wallace et Leslie Grimm, est un incontournable classique du jeu éducatif, à l'originalité et à l'efficacité inégalées.
Vous incarnez un être humain qui, cherchant le sommeil, tombe dans les égouts de Robotropolis, une cité souterraine dont il va devoir s'échapper en résolvant différentes énigmes et en évitant les sentinelles.
Notre héros à basse résolution dispose pour ce faire de trois robots programmables à l'aide de composants glanés au fil de l'aventure.
Une sorte mix entre PacMan et PureData, en somme, qui, bien que conseillé à sa sortie aux enfants dès 10 ans (!), permettra également aux moins jeunes d'apprendre facilement les rudiments de la logique et de l'électronique.
Difficile à faire tourner sur un ordinateur récent dans sa version originale (disponible toutefois ici), Robot Odyssey possède un parfait clone en Java, Droid Quest.
(oui, parvenir à lancer ce jeu fait partie de l'exercice)
