Fabian Stech : J’ai parlé avec Lavier, Annette Messager, Sylvie Fleury, Hirschhorn, Pierre Huyghe, Delvoye, D.G.-F., Hou Hanru, Sophie Calle, Ming, Sans et Bourriaud

Les presses du réel - Documents sur l'art

extrait

Thomas Hirschhorn – L’art est affirmation (pp. 51-61)

[C’est à l’occasion de la Documenta 2002 que l’entretien a eu lieu, sur un banc, près de la bibliothèque du Bataille-Monument.]

Fabian Stech
Dans La Part maudite, Bataille développe une théorie de la dépense, qui détache le concept d’utilité du concept de travail. Appliquez-vous ce concept à votre propre travail ?

Thomas Hirschhorn
Je n’ai pas essayé de faire l’illustration de l’œuvre de Georges Bataille. Que le Bataille-Monument soit ici n’a rien à voir avec la cité, Kassel ou l’Allemagne. Ce n’est pas un travail de concept. C’est le troisième monument que j’ai voulu faire. Bataille était sur ma liste et j’ai trouvé bien que le choix de Bataille n’ait pas de rapport avec Kassel. J’aime l’œuvre de Georges Bataille, et particulièrement La part maudite et le texte sur la notion de dépense auquel j’adhère en tant qu’être humain, pas en tant qu’artiste. Je n’ai pas besoin, dans mon travail, de m’illustrer dans ce monument. Je voulais faire un monument pour lui en tant que fan, fan de La part maudite et de La notion de dépense. Je suis un fan de Georges Bataille !

Fabian Stech
Pouvez-vous expliquer votre concept de fan ?

Thomas Hirschhorn
Ce n’est pas un concept. Si ça m’intéresse d’être un fan de quelque chose, c’est parce que le fan n’est pas un historien, ni un scientifique et il n’est même pas un grand connaisseur : il est un fan ! Il a quelque chose en commun avec tous les autres fans. Les fans partagent l’idée d’être, disons-le, absolument pour quelque chose. C’est pourquoi Georges Bataille est important mais, en même temps, il est mentalement – je le pense – remplaçable. Un fan de club de football, il est fan du club de la ville où il est né, ou dans laquelle il vit. S’il était dans une autre ville, il serait fan du club de football de l’autre ville. Ce qu’il partage par contre, c’est d’être fan et il le partage avec le fan de l’autre club de football. C’est pour ça que j’aime cette notion de fan : elle est quelque part liée à la personne, à moi, et non à un concept artistique que je développerais ou à une position que j’aurais par ailleurs, elle est très subjective. C’est un positionnement personnel et c’est pour ça que j’aime ce terme, « fan ».
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